Rêver à Québec :

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Rêver à Québec

Avant d'exercer les tâches d'explorateur, de navigateur, de géographe, de scientifique, de naturaliste, d'ethnologue, Champlain était d'abord un rêveur...

Dès 1617, Champlain voit grand pour la petite bourgade de Québec, composée alors d'une poignée d'individus. Il songeait, il rêvait au développement d'une ville d'importance majeure, de la taille des grandes villes européennes.

Cette ville serait Ludovica, en l'honneur du roi Louis XIII et serait bâtie dans ce qu'on appele aujourd'hui la basse-ville...


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Saint-Sauveur, Viarge! (1)
04 juin 2006


Ludovica était destinée à être bâtie dans la vallée de la rivière Saint-Charles, côté sud.

On parle donc des quartiers actuels de Saint-Roch et de Saint-Sauveur. Quartiers ayant connu parfois une prospérité relative (chantiers maritimes, manufactures, artères commerciales) mais le plus souvent le délaissement.

Saint-Sauveur, avant de faire partie de la ville de Québec, se nommait Boisseauville. À l'époque, c'était le refuge des pauvres qui voulaient échapper à la ville de Québec, à ses taxes et à ses rêglements coûteux (interdiction de construire des maisons en bois, pourtant moins chères mais sujettes aux incendies).

Victime d'incendies dévastateurs, justement, le quartier Saint-Sauveur a vécu des renaissances ponctuelles.

Saint-Sauveur, Viarge!... À mon arrivée à Québec (il y a bientôt trente ans, tout de même!), j'ai entendu à quelques reprises cette expression populaire. À ce que je comprenais, elle portait en dérision l'orgueil des gens de Saint-Sauveur. Que si on était originaire de ce quartier, on avait une fierté peu commune, une sorte de snobisme populaire: comme les gens de la Beauce ou du Saguenay. Le reste de fierté d'un petit peuple fabricant de chaussures et de brassières, endormi dans des factories à la petite semaine, faute d'avenir.


La maison de Roger Lemelin, premier conteur de la vie de ce quartier, sise au 646 rue Christophe-Colomb, rappelle cette époque révolue.











Source de la photo


Hiver 1936. Le caractériel Roger Lemelin, qui se voyait aux Olympiques dans le saut en ski, vit son rêve prendre fin le jour où il descendit (en skis!) un escalier de Québec. Il mit sept ans avant de pouvoir remarcher normalement. Ce repos forcé engendra probablement la carrière d'un grand écrivain populaire du XXième siècle.





Selon Gilles Carle, Saint-Sauveur était un lieu de création particulier:

On y a inventé plus de cent jeux comme, par exemple, celui des anneaux ainsi que de nombreux jeux de dames et de cartes. (...) Il fallait bien que les gens fassent quelque chose, voilà plus de cent ans, car Saint-Sauveur a été le premier quartier de la ville où l'on a enlevé tous les arbres!


Autre anecdote, le jeune Lemelin s'intéressa à une belle fille de vingt ans, Alice, Miss Sweet Caporal, que l'on admire alors sur tous les placards de publicité de cette marque de cigarettes, et que ses lecteurs verront ressusciter dans "Le crime d'Ovide Plouffe"...





Le personnage d'Ovide est taillé sur la jeunesse de Lemelin et de quelques compatriotes: un type sachant tout de Paris, amateur d'opéra, adepte de la littérature française mais qui n'est jamais sorti de Saint-Sauveur, ou du moins, de Québec. Selon les voeux de ses parents, il se fera moine. Cela donnera l'une des plus touchantes scènes du cinéma québécois:

Ovide Plouffe,assis à table, saoûl après une fugue, finit par déclarer à ses parents:

"Y a pas de place, nulle part, pour les Ovide Plouffe du monde entier".





Les déracinés de cette Terre, de même que ceux qui n'ont jamais quitté leur patelin, malgré leurs différences extrêmes, se reconnaissent dans cette exclamation, qui laisse leurs parents le visage dans les mains, ne sachant quoi répondre à ce fils récalcitrant et pourtant bon.

Oui, sans aucun doute, une des plus touchantes scènes du cinéma québécois.


J'ajouterais celle de Jean Lapointe (aujourd'hui sénateur canadien!) dans Les Ordres: le pauvre bougre du Saguenay, chauffeur de taxi à Montréal et syndicaliste à ses heures, qui apprends le décès de son père à Chicoutimi, tandis qu'il est emprisonné à Parthenais. Il sanglotte en mangeant un sac de chips.

Pleurer de tout son coeur tandis qu'on mange un sac de chips: peut-on imaginer scène plus débile dans le cinéma d'aujourd'hui?

Je pense que non.



Source: Roger Lemelin, le magnifique., Réal Bertrand, Éditions FM, 1989.



Au pied de la pente douce, quel titre... magnifique pour un autre roman de Lemelin dont l'action se passe doucement dans la Basse-Ville industrieuse, pleine de drames, de comédies et d'histoires d'amour, sans que la Haute-Ville bourgeoise et institutionnelle n'en sache rien. Ni s'en soucie.


















Serge Alain @ 18:46   -- Lien permanent --
9 Commentaire(s):
  • Le 05 juin, 2006 07:48, Anonymous brem a écrit:


    Saint-Sauveur, pour un Lévisien comme moi, ça se résume souvent à la boucherie qu'ils en on fait sur le boulevard Charest... où pour élargir le boulevard, ils ont charcuté une rangée de maison où maintenant on voit les cours arrières des maisons qui se trouvaient sur l'autre côté.

    C'est aussi les maisons raboutées et toutes croches, le gars qui vent ses enjoliveurs, les épiceries dégarnies...

     
  • Le 05 juin, 2006 09:47, Blogger Serge Alain a écrit:


    En effet, l'aménagement de la rue des Fossets en boulevard Charest, c'est une erreur des années 30, je crois.

    Pour le reste, tu aurais intérêt à re-visiter le quartier lui-même!

     
  • Le 05 juin, 2006 19:07, Blogger jacriver a écrit:


    Natif de Québec(haute-ville), j'apprends
    a "redécouvrir" ce quartier tel qu'un américain de la cote Est se doit de redécouvrir le "deep south"
    Un des freres de Roger Lemelin a dit dernierement que St-Sauveur avait une mentalité tres différente de la haute-ville: " des gens batailleurs, délurés, sans complexes, des débardeurs habitués a cogner et a se faire cogner, des 'manuels", des débrouillards sans l'État...
    Pas une mentalité de "looser": Même quand ils sont pauvres et dans la misere, ils ressembleront plus a la famille Bougon qu'aux "pauvres" de Francoise David...
    Vu de la haute-ville, on nous les présentait comme l'archétype de la "basse-classe"
    La basse-classe: des rues sans arbres, des maisons "croches", des gens mal habillés; souvent en camisole avec une biere sur le balcon mais plus souvent assis sur la gravelle de la cour arriere...etc etc
    vous pouvez rajouter des odeurs de patate frites graisseuse, d'huile a moteur vidangé dans les arrieres-cours. des relants nauséabonds de la riviere st-charles érigé en dépotoir a ciel ouvert... les odeurs du parc industriel st-malo etc etc...
    La terre natale de Alys Roby: " elle a une bonne voix mais c'est une fille de la Basse...ou " ca parait qu'elle vient de la Basse..."

    Pourtant, j'ai toujours eu des amis venant de st-Sauveur mais a l,école ,la direction disait a mes parents que j'avais de "mauvaises fréquentations"

    Dans une biographie de Lemelin par son ami Alain Stanké, celui-ci laisse voir que son ami a des manieres qui trahissent ses origines mais un leadership inhabituel, inusité dans la race canadienne-francaise...
    Difficile a croire qu'un milieu de vie sans panache et 'miséreux" fabrique des "Winners" sans complexe et des leaders...- Le MYSTERE ST-SAUVEUR-

     
  • Le 05 juin, 2006 19:20, Blogger Serge Alain a écrit:


    Merci, Jacriver pour ton bon commentaire.

    Connaissais-tu l'expression "Saint-Sauveur, viarge!"?... et est-ce que je l'interprète de la bonne manière?

     
  • Le 06 juin, 2006 13:45, Blogger jacriver a écrit:


    Saint-sauveur viarge...
    j'ai pas souvenance, mais ca doit signifier qqchose comme: creux comme st-sauveur.
    Pour poursuivre dans les archétypes et préjugés (faux ou vrai) on attribuait a st-sauveur le mot creux, pas a la mode, ignorant, sans maniere, pas raffinée etc etc
    Par ex. " c'est normal qu'il ne sache pas nager, il vient de st-sauveur!
    -c'est normal qu'il n'aie jamais joué au tennis, il vient de st-sauveur
    ...Ne l'invite pas au resto, il ne connait que le roi de la patate, il vient de saint-sauveur!
    Et on peut poursuivre ...
    C'est sur qu'il y avait des préjugés et presque du "racisme" mais c'était aussi du donnant-donnant car les gens de la haute-ville qui s,avanturaient en basse-ville se faisaient souvent "COGNER"...C'était un milieu beaucoup moins régi par les regles de politesse ou les convenances que la haute-ville.
    Je vais peut-être me fair hair mais l'univers des Bougons me semble impossible en haute-ville , alors qu'il a surement existé en basse-ville!
    Les conditions socio-économiques n'étaient pas les mêmes! (ne tirez pas sur votre humble témoin)

     
  • Le 06 juin, 2006 18:51, Blogger Serge Alain a écrit:


    L'univers des Bougon n'est pas celui de tous les gens qui habitent un quartier donné... Et dans les Bougon, on a pu voir que cette manière de malhonnêteté et de mise à profit du système existe aussi dans les "beaux quartiers" ... mais à une toute autre échelle!

     
  • Le 13 juin, 2006 03:10, Anonymous brem a écrit:


    Moi j'habitait le quartier Notre-Dame dans le vieux-Lévis, et des bougons, on en avait un pis un autre ;)

    Et je ne parle pas seulement de "crosseurs" de système, mais bien sûr des "B.S." chroniques.

    Notre voisin d'en face était assez notoire dans le quartier. Il s'est fait évincer une couple de fois pour insalubrité.

    Il avait des coqs dans sa maison... Il chantait le matin.
    Il avait trop de chats dans sa maison, alors il a bouché sa toilette en essayant de l'envoyer par le drain.

    Vous voyez le genre.

    Pas besoin d'aller à St-Sauveur pour en voir de ces genre de trucs. Mais c'est sûrement pas dans le quartier Monclam (euh Montcalm) qu'on aurait vu ça.

    Et encore, mon quartier n'était pas le "pire". Il y a encore le vieux-Lauzon près du chantier maritime qui était pire, et le "canton", sur la falaise près de la terrasse...

    Je n'ai pas bien connu St-Roch et St-Sauveur dans ma jeunesse (j'ai que 31 ans, quand même). De par ma localisation géographique, nous allions surtout au Vieux-Port et dans le vieux Québec.

    Au secondaire, nous étions délinquants, on allait dans le mail St-Roch... et on se promenait dans les endroits un peu plus tough de Québec, on se faisait accroire qu'on était en danger.

    Mon endroit préféré, l'escalier qui surplombe St-Roch, près de l'ascenceur du Faubourg et de l'édifice du Soleil.

     
  • Le 13 juin, 2006 21:34, Anonymous Carol a écrit:


    Personellement je connais bien du monde qui résident ou on déja résidé dans le quartier St-Sauveur, pas plus pire qu'un autre...

     
  • Le 27 mai, 2014 15:27, Anonymous Anonyme a écrit:


    saint-Sauveur 'viarge': il y avait de nombreuses tavernes, tout le monde sacrait. Selon moi le mot viarge tournait en dérision le langage plein de sacres.

     
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